« On a passé vingt ans à améliorer les performances. Là, on commence enfin à parler de la fin de vie »
Agathe Martiziac est spécialiste de la menuiserie extérieure sur l’Art d’économiser. Elle était à Nuremberg du 24 au 27 mars pour Fensterbau Frontale, le salon mondial de la fenêtre, de la porte et de la façade, qui a réuni cette année plus de 1 000 exposants venus de 47 pays et environ 75 000 visiteurs professionnels. Elle en retient quatre choses.
Nuremberg tous les deux ans, ça finit par se ressembler, non ?
C’est ce que je craignais. Et non, pas cette fois. Il y a une bascule qui s’est produite dans le discours du secteur.
Pendant vingt ans, la fenêtre s’est vendue sur un chiffre : le Uw. On a gagné des dixièmes, on est passés du double au triple vitrage, on a affiné les profils. C’était le sujet. Cette année, la moitié des choses intéressantes que j’ai vues portaient sur ce qui se passe quand la fenêtre arrive en fin de vie. Ce n’est plus du tout la même question.
Le salon lançait aussi son premier prix de l’innovation.
Oui, une première édition, montée avec AIT Dialog et l’ift Rosenheim. Trente-neuf produits déposés, treize nominés, sept primés. La remise avait lieu dès le premier soir sur la scène du salon, et tous les produits candidats étaient exposés ensemble dans le hall 4A pendant les quatre jours. C’est là que j’ai passé le plus de temps. C’est rare de pouvoir comparer trente-neuf innovations côte à côte sans faire quinze kilomètres de stands.
Le grand prix ?
Remmers, pour l’Induline I-130. Et c’est exactement ce dont je parlais.
C’est une imprégnation pour menuiserie bois, sans biocide, qui protège de l’humidité tout en laissant le bois entièrement recyclable en fin de vie. Le jury a insisté sur le fait qu’un composant qu’on ne voit jamais, la couche de traitement, représentait le moteur de l’innovation.
Pourquoi est-ce que ça vous marque autant ? C’est du vernis.
Parce que c’est le verrou. On vend de la fenêtre bois en disant que c’est le matériau vertueux, et à la démolition, le bois traité aux biocides part en filière déchets, pas en réemploi. Tout l’argument s’effondre à la fin. Là, on répare ça.
Et c’est typiquement le genre de sujet que les prescripteurs ne regardent pas, parce que ça n’apparaît sur aucune fiche technique commerciale. Moi, ça fait trois ans que je me bats pour le faire remonter dans les dossiers.
HEGLA IG2Pieces : démonter le double vitrage au lieu de l’enfouir
HEGLA, avec IG2Pieces. Là c’est le même problème mais côté verre, et c’est encore plus coriace.
Un double vitrage en fin de vie, aujourd’hui, c’est un sandwich collé : deux verres, un intercalaire, un mastic, parfois un gaz. Impossible à séparer proprement. Donc soit ça part en concassé bas de gamme, soit en enfouissement. Alors qu’on parle de verre, un matériau recyclable à l’infini.
IG2Pieces est une technologie de démontage : on sépare le vitrage isolant en composants distincts, chacun pouvant partir vers sa propre filière de réemploi ou de recyclage.
Concrètement ça change quoi pour un chantier de rénovation ?
À court terme, rien. Ce sont des équipements de site industriel, pas de chantier. Mais dans cinq ans, quand les maîtres d’ouvrage auront un bilan carbone à rendre sur la dépose, la question « où part mon vitrage » va devenir contractuelle. Autant savoir dès maintenant que la réponse technique existe.
d-lev : le coulissant qui ne roule plus
Vous avez vu autre chose que de l’économie circulaire ?
Heureusement. Le sujet qui m’a le plus amusée, c’est d-lev, avec un système coulissant à lévitation magnétique.
Le vantail ne roule plus, il flotte. Plus de rail au sol qui s’encrasse, plus de galets qui s’usent, une manœuvre théoriquement sans effort quel que soit le poids. Sur des baies vitrées de grande dimension, qui pèsent vite 300 ou 400 kilos, c’est le point de rupture habituel : au bout de dix ans, le client n’ouvre plus parce que ça force.
Vous avez pu essayer ?
Sur un élément de démonstration, oui. Sensation étrange, très douce. Après, je n’ai pas eu de retour sur le comportement dans le temps, ni sur la consommation, ni sur ce qui se passe en cas de coupure de courant. J’imagine qu’il y a un mode dégradé, mais je n’ai pas la réponse. Donc je le classe en « à suivre », pas en « à prescrire ».
Gretsch-Unitas : l’accessibilité débloquée par un aimant
La plus discrète et sans doute la plus utile au quotidien. Gretsch-Unitas a été distingué pour un arrêt de vantail semi-fixe magnétique, sur des ensembles à deux vantaux avec seuil de plain-pied.
Une porte-fenêtre à deux battants sans seuil qui dépasse, donc accessible en fauteuil, sans obstacle, sans risque de chute. C’est ce que tout le monde demande depuis dix ans, et c’est un cauchemar technique : sans seuil, on perd le point d’ancrage du vantail semi-fixe et on a des problèmes d’étanchéité à l’eau et de tenue au vent. La solution magnétique contourne ça.
Sur le marché de l’adaptation du logement au vieillissement, c’est le genre de détail qui débloque des projets entiers. Je le dis sans ironie : ça vaut largement le coulissant magnétique.
Un regret ?
Que la France soit si peu représentée dans les récompenses. Sur les sept primés, on avait de l’allemand, du slovène, du belge mais rien de chez nous. Nos fabricants sont bons, ils viennent au salon, mais ils ne jouent pas ce jeu-là. Et à Nuremberg, l’innovation qui n’est pas mise en scène n’existe pas.
Vous conseillez le déplacement ?
Si vous êtes sur la menuiserie, c’est le rendez-vous. Le prochain est en 2028, c’est biennal.